Je suis recherchée pour être entrée là où il ne faut pas, pour voir ce que l'on ne regarde plus.
Encore loin du délit je me retrouve un jour d'été à flirter avec l’interdit, j’ai croisé une maison laissée pour morte.  
De l’extérieur, la grisaille. À l’intérieur, la couleur.
J’y ai posé un miroir, des fragments de moi, un peu de lumière.  
Puis un homme a surgi, furieux de ma présence.  
Je suis partie, tremblante mais vivante.  
Le soir, le soleil sur l’herbe sèche apaisait tout.  
La prochaine fois, ce sera ce wagon perdu au fond du champ.  
Je continue ma route.
Les murs écaillés racontent le temps, et peu à peu, les scènes se dessinent. Je prends place dans ce décor comme on entre dans un souvenir.
Des fragments de mon corps viennent alors habiter le reflet du miroir. Habituée à dissimuler mon visage derrière des jeux d’ombre ou de silhouette, je lâche prise un instant, dépassant la peur du ridicule, des voix moqueuses.
Mes expressions deviennent figées, en écho à celles du lieu, silencieux et abandonné.
La végétation qui l’encercle semble suspendue, à peine enracinée, comme si chaque branche avait été déposée là pour figurer dans la scène.
Pour un dernier portrait, je découvre ma tête, moi qui porte toujours un chapeau ou une casquette.
Et c’est à cet instant précis qu’une voiture blanche surgit à toute allure : le propriétaire du terrain en descend, furieux. Il crie : « Qu’est-ce que vous foutez là ? » je garde mon calme. J’explique ma démarche : que ce lieu m’a attirée par sa lumière, ses couleurs, sa matière, que je n’ai rien touché ni déplacé. Il ricane. « N’importe quoi. »
Ici, à la campagne, tout étranger est une menace.
Il me fixe longuement, me demande si je vis ici, où j’habite, qu’il me retrouvera. Sa voix résonne, rugueuse. Puis, il ordonne : « Dégagez. Tout de suite. » Mon miroir repose encore sur une fenêtre, derrière les gravats.
Je récupère mon miroir comme un bijou volé, et je file le cœur battant, angoissée, mais étrangement apaisée le sourire en coin. Apaisée, car mes images existent désormais. Elles ont traversé la peur, la poussière et la colère.
Le soir, le soleil sur l’herbe sèche qui sent la fin d’été apaise tout. Le monde ralentit enfin, et dans le ciel orangé, la lumière reprend place dans mes pensées.
La prochaine fois, ce sera ce wagon perdu au fond du champ. Je continue ma route. Je me dis qu’au fond, courir, c’est encore créer.
Là-haut il fait beau